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A partir de 1963,
l'année de la découverte de la Fons sur l'ile de Riou, j’ai fait plusieurs séjours
aux USA, et en Europe je passais mon temps sur les circuits automobiles,
jusqu’au jour où on me proposa un travail dans l’équipe de course de
Ford à Dearborn. J’y rencontrais un ingénieur Peter Weismann dont
le père avait inventé un différentiel qui équipait les voitures du Mans,
et ce fût avec lui que je réalisais mon ambition d’appartenir au monde
de la course automobile par le biais technique.
A Dearborn, une carte postale de Riou , mon Island in the Sun comme
chantait Belafonte, trônait au dessus de
mon bureau, mais après une visite éclair en 1966 pour présenter Peter à
ma famille l’Ile n’était plus une priorité alors que je découvrais
l’Amérique. Lorsque nous avons rejoint la F1 dans les années 80 nous
sommes revenus plus souvent à l’occasion de courses ou d’essais à Paul
Ricard, mais nous discutions surtout de mécanique, qui était une autre
des passions de mon père. Il avait tourné la page de Riou. Il commençait
à perdre la vue, il vendit le Flambeau, il vendit la Delage, et ne
sortit plus guère du cabanon des Goudes. Ma mère avait appris à conduire
sur le tard et il fit encore une carte sur le sentier des crêtes de
Signes, utilisant un décamètre et une loupe de bijoutier.
Quand mon père mourût en
Septembre 1991, j’installais ses cartes aux murs
du salon, et je mis au cellier un cageot de tessons.
Le Conservatoire du Littoral acheta l’Ile . Et elle fût déclarée
interdite au public, ce qui se révela par la suite être inexact.
Je pris l’habitude
de photographier mon ile sur fond de soleils couchants, d’orages
époustouflants .


5 ans après avoir perdu mon père, je perdis mon mari. Ma vie continua un moment sur sa lançée, nous étions passés de la F1 aux bateaux de course offshore grace à mon grand ami l'ingénieur Carlo Chiti, qui lui aussi disparut. Mes fils Christopher et Patrick prirent le relais de notre affaire. Mes passions étaient éteintes.
Un jour je reçus un fax de ma mère me demandant si elle pouvait donner la carte au garde de Riou pour qu’il la fasse copier. Je répondis que j’y mettais une condition.. Qu’il me mène sur Riou prendre des photos du site qui commencait à s'estomper dans ma mémoire.
C’est ainsi qu’Alain Mante vint me rendre visite en compagnie de
Lucien-François Gantès et Mr Drocourt de l’Atelier du Patrimoine.
Je
sortis les tessons massaliotes de -600, les nettoyais tant bien que mal,
les installais sur 2 rallonges de table.

LF Gantès arrivant sur la terrasse , y jetta un coup d’oeil et déclara
"c’est comme ce que nous avons, du Dressel 7/11 de -50 à +50."
J’étais soufflée, d’autant plus que saisissant un fond il annonça que
c’était du punique, ça du bétique, et ça du dressel 2/4. Du fond de mon
ignorance , je dûs demander ce qu’était du dressel, et j’appris alors qu’il y avait eu sur Riou à l'époque romaine une industrie de
pêche de thon et de mise en saumure .
Lorsque je protestais que Benoit lui-même avait identifié les tessons comme étant du massaliote de -600, on me répondit que Benoit n'aimait pas les Romains, et préférait que tout soit grec!
Lorsque
j'expliquais que Mr Charles avait identifié le squelette comme un
macédonien vieux de 400 à 600 ans, LF Gantès me dit impatiemment "On ne
déduit pas la race par la forme d'un crane, ce sont des théories
d'après-guerre".
Cela paraissait plausible! Mais en un après-midi il avait mis à la
corbeille à papiers les conclusions de ses distingués collègues.
Cela bouleversait un peu mes plans. Trouvant dans les carnets de mon
père le réçit de la découverte de la Fontaine, j'avais pensé le
faire imprimer. Il était évident qu'il me fallait faire un post-scriptum
pour faire place aux nouvelles façons de voir, et mettre sur les rangs
les tessons qui s'individualisaient . Je demandais à LF Gantès de
m'aider à les identifier, ce qu'il accepta aimablement...
Je commençais par étaler par terre 77 pages, une par tesson, et entrepris de les dessiner , les faces intéressantes, section, les diamètres, je notais l'argile, les inclusions, etc. J'inventais...
Puis je me rendis à l'atelier du Patrimoine. Là , je vis un tiroir rempli de tessons semblables à ceux de la citerne, mais venant du Monasterio. LF Gantès me donna un cours rapide, identifia plusieurs morceaux, me montra des "trucs" pour dessiner les cols dans le bon angle, me parla de comparateur, me conseilla d'acheter le livre de Martine Sciallano "Amphores..comment les identifier " et de me rendre dans des musées et notamment celui dont M. Sciallano est la conservateur à Istres .
Je pris donc rendez-vous. Je fus reçue par Fréderic Marty, céramologue. Nous nous mîmes au travail, puis Mme Sciallano nous rejoignit. Ils identifièrent des anses comme venant de Tarraconaise et de Lusitania, un fond comme étant un mortier, un autre morceau comme étant une tuile récente. En prime, je découvris leur musée qui est un joyau. Pas très grand, dans une batisse historique du XVII , bourré d'amphores, d'objets présentés d'une façon très avenante. J'ajoutais plusieurs livres à ma bibliothèque, y compris un livre qui me plût par son titre " Vingt Milles Pots sous les Mers" et sa couverture dessinée comme mon livre L'Ile Mysterieuse de Jules Verne, mais qui n'avait rien à voir avec les Grecs .
A la fin de 2004 je commençais à avoir une sérieuse collection de bouquins y compris les Etudes Massaliètes, qui me permettaient d'appréçier le travail des archéologues ces 40 dernières années. Un jour que je visitais le CEEP, je dis à Alain Mante que j'en avais plus ou moins terminé avec mes tessons. Il me montra alors leur collection, ramassée en surface, étiquetée avec la date et l'endroit. Il en avait identifié un comme étant un culot de pipe du 18ème, car il en avait vu des dizaines au Frioul. Consulté pour aider à l'identification de ces tessons émaillés, LF Gantès se déroba car ce n'était pas sa spécialité, me conseillant d'aller à la bibliothèque de la MMSH à Aix.
Il me
recommanda un livre qui venait de sortir "les Iles Côte à Côte".
J'avais repéré sur la carte de mon père une
grotte appellée Grotte de Ste Barbe qui est un trou pas très grand.
Lisant sur Les Iles côte à côte que les moines s'étaient installés sur
les iles , je me demandais si l'appellation de Monasterio pouvait venir
de là. Tout ce que je pus découvrir ç'était que Ste Barbe était la
patronne des artificiers. Je me plongeais aussi dans 20000 pots sous les
mers pour tacher d'identifier les tessons du CEEP. Une photo semblait
proche ,je crûs à du 13ème.
Dans un même
temps, en les dessinant, je me rendis compte que 2 morceaux d'une cruche
émaillée vert émeraude étaient assortis, et puis en me promenant sur le
sentier de douane de Port d'Alon, je vis soudain un petit morceau de
céramique avec le même émail vert.
A quelques
pas je trouvais un fond de cruche, et en levant les yeux pour voir d'où
ils pouvaient venir je vis un mur de pierres sèches.
J'aurais trouvé un trésor, je n'aurais pas été plus excitée:la
vue de ce mur était pleine de promesses!
Une sorte de cabane de 4 m de diamètre, avec un mur de 1 mètre
d'épaisseur, presque 2 mètres de profondeur, et en émergeant des pins,
pleine vue sur Riou.Je venais de relire Bouillon-Landais qui dit en
parlant de la Vigie de Riou que ce genre de dimensions et de
construction étaient courantes dans la construction des moulins, et
farots jusqu'au 16ème siècle
Tout de suite milles questions
sans réponses. Quelle date? peut-être une autre tour de vigie? puisque
sur le sentier douanier, avec les même céramiques, faisant partie
peut-être d'un même système de sécurité dans le style tour génoise comme
celle d'Erbalunga d'où venait mon arrière grandmère Benigni-Bozouls

N'y tenant plus je me rendis à la M.M.S.H. à Aix. Errant dans les
couloirs à la recherche de la
bibliothèque
, je realisai soudain que les noms sur les portes étaient ceux que je
trouvais sur mes bouquins. J'élus Jean-Christophe Treglia dont je venais
de lire l'article sur Porquerolles dans les Iles Côte à Côte.
Spécialiste de la Haute Antiquité, il eût vite fait de m'entrainer vers
le bureau de Lucy
Vallauri."Non, non pas du 13ème, c'est du pisan du 16ème, regardez le
motif aztèque" (Ce n'est que bien plus tard que je réalisais qu'elle
avait dit A stecca , bien que sur le moment j'ai eu un peu tiqué.. mais
bon, pas de mexicain sur Riou seulement du pisan
) S'emparant de 20000 Pots , dont elle est un des auteurs, elle me montra
les bols qui correspondaient aux tessons. Et mes cruches émeraude, du 18
ème. Enthousiasmée par son savoir et son amabilité j'achetais d'autres
livres d'expositions qu'elle venait de finir, et je repartis chez moi
avec un nouvel horizon, celui des guetteurs de la Vigie de Riou et des
gens qui travaillent pour le CNRS
Finalement ne trouvant pas en librairie de documentation sur la station néolithique de Riou, je me décidais aussi à contacter Jean Courtin. Il avait fait au moins 3 séries de fouilles sur l'ile dans les années 70, et je trouvais étonnant qu'il n'ait jamais rencontré mon père. LF Gantès me dit qu'il était devenu un reclus en Haute Provence depuis sa retraite. Mais il était partout, et lui aussi incontournable. J'espérais qu'il aurait peut-être une idée sur la grotte de Ste Barbe, l'aurait peut-être fouillée.
Me souvenant
d'avoir lu quelque part qu'il y avait du grès qui avait servi de meule
aux néolithiques et voulant mentionner ça dans le
détail, je feuilletais toute ma bibliothèque en vain. Il y a des années
nous promenant dans les collines de Californie, nous avions trouvé un
morceau de meule, et plus loin le galet correspondant,
pas très loin de rochers pleins de trous qui servaient aux Indiens
Shoshones à écraser les glands. J'ai un point faible pour les meules et
ce qu'elles représentent pour l'humanité ..elles sont là dans toutes les
civilizations, et même le Turc présente une usure de molaires qui
pourrait venir
du sable mélangé à sa nourriture.
Pendant l'hiver 2003 en Californie, résolue à suivre des cours
d'archéologie, mais n'ayant qu'un choix limité, je suivis un cours
d'introduction à l'archéologie. Professeur Breece ne saurait trop me
parler des grecs, car il était un "néolithique" et avait travaillé à
Lascaux. Il nous expliqua la taille de silex, nous montra ces formes
étranges qui restaient après la taille des lames et nous passa (à
ma demande insistante) une video sur la Grotte Cosquer : je vis donc
Courtin et Cosquer sur le bateau, et Jean Clottes qui présentait la
vidéo. Le même Jean Clottes était à ce moment-là en Californie et
donnait une conférence sur Chauvet. J'y allais et lui demandais
l'adresse de son collègue, qu'il me donna volontiers. Excellente
conférence par ailleurs, qui conquit l'amphitéatre plein à
craquer. Son anglais était remarquable, lui permettant de plaisanter
très naturellement. Ce n'est que plus tard que j'appris qu'il était
professeur d'anglais à Foix, avant de se consacrer à l'archéologie.
Le temps
d'arriver à Port d'Alon, pour ma migration annuelle, je reçus du reclus
une copie de son Bulletin sur Riou , une lettre de 3 pages où , entre
autres, il m'expliquait (alors que je ne les avais pas mentionnées) que
les meules trouvées sur Riou lui avait fait penser que le niveau de
l'eau était suffisamment bas pour que les néo ramassent le grès qui se
trouve entre les 2 iles . Comme j'avais donné à ma mère les livres sur
Cosquer, je savais maintenant pourquoi je n'étais pas arrivée à
retrouver cette histoire dans ma bibliothèque.
Il me conseillait d'aller au Palais Longchamps au Musée d'Histoire
Naturelle voir le pot du Cardial qu'il publiait. Les Dieux (Grecs
cela va sans dire) étaient avec moi.
Le pot du Cardial qui établissait le site de Riou comme le plus ancien de Provence jusqu'aux fouilles de la Gare St. Charles qui datent l'habitat de la même époque que Riou. (Palais Longchamps - Musée d'Histoire Naturelle)
Les cailloux de grès ramassés entre les iles pour en faire des meules étaient la preuve que le niveau de la mer était encore suffisamment bas pour atteindre l'ile à pied. (Palais Longchamps - Musée d'Histoire Naturelle)

Comme j'ai un bon coup de pioche et un bon entrainement de jardinage
musclé, je m'étais proposée comme volontaire pour les fouilles qui se
dessinaient à Marseille . Apparemment en France on n'a pas besoin
d'argent ni d'enthousiasme néophyte.. les bienheureux! En 2004,
tout en cherchant ailleurs
, je décidais de faire au passage un détour du coté d'Istres pour me
remettre en mémoire les amphores. Je découvris le sous-sol consacré au
néolithique, que j'avais ignoré auparavant, preuve que ma capacité
d'absorption est limitée et que la photo numérique est vraiment tombée à
point .
Le terrain près du Cap Couronne étant des fouilles fines, la jeune femme
me fit visiter le site déjà fouillé par Escalon de Fonton des années
auparavant, et me conseilla de les abandonner à leurs études de doctorat
et d'aller plutôt à Chateauneuf les Martigues.
Le musée était fermé, mais une voisine se revela être une guide
bénévole et enthousiaste
ayant participé aux fouilles de l'Abri des Pigeons, avec (on s'en serait
douté !) Jean Courtin dont elle est une inconditionnelle.
Le Chateau Neuf des Martigues a appartenu aux Seytres jusqu'à la
révolution, le musée renferme non seulement du néolithique, et une
collection de roches et de fossiles mais aussi une collection
sortie tout droit des 20000 Pots, puisque plusieurs musées locaux
participèrent à l'exposition. Je retrouvais à Chateauneuf deux
semaines après en avoir discuté avec JC Treglia à Aix, du lustre
métallique de Valenza fin du XIVème
Rester un jour de plus et me rendre au musée Ziem , me
familiariser avec la région que nous avions toujours ignorée au
profit de Calissane, c'était faisable .
Acceuillie par un immense tableau de l'ile Maïre
par Olive avec déjà les scories qui forment la route de Calelongue et la
petite batterie des Croisettes qui date d'au moins 1695, je retrouvais
en plus des tableaux, les grecs et le haut moyen age.
Malheureusement mon appareil numérique rendit l'ame de ses batteries en
pleine visite. Bonne excuse pour y retourner un jour! A noter un
excellent livre sur les aquarelles de Ziem, avec un CD qui contient près
de 5000 aquarelles du peintre.
Je terminais par une visite à la carrière grecque du Cap Couronne et rentrait par la côte m'arrêtant au Musée du Vieux Marseille, avant d'aller voir ma mère aux Goudes.
Le lendemain
Mante étant absent, j'élus de revisiter le Musée Pastré pour voir
si je pouvais y trouver des pichets ordinaires de l'époque des gardes de
Riou.
J'avais visité le musée des années auparavant, et je me souvenais assez
bien des petites céramiques de Picasso, et de la
vue fabuleuse des oeil-de-boeufs des mansardes, sur le Chateau d'If.
J'avais complètement oublié la première salle où maintenant je trouvais
mon bonheur.. des pots du cardial, des amphores massaliètes, des
romaines, des pichets du haut moyen age, des cruches de la vallée de
l'Huveaune.
La boucle commençait à se boucler !
Il ne me restait qu'à résoudre mon problème de publication. Gantès m'ayant recommendé de ne pas publier quelque chose de moche, mais n'ayant pas vraiment de nom à me proposer, je fis quelques tentatives sans grand résultat. Pas assez de matériel. Trop de questions; pas assez de réponses. Il y avait aussi dans mes archives le livre d'escalades, jamais publié parce que trop onéreux à réaliser avec toutes ces photos, tous ces calques avec les tracés d'escalades. Il me fallait trouver une solution.
J'entends mon père dire: "Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour perséverer". Pas très enthousiasmant comme programme , mais il suffit de me mettre à la fenêtre pour y trouver l'encouragement le plus extraordinaire qui soit:

(Cliché M.Weismann) au lever du soleil
Navire de Pierre Ancré dans le Mistral (Jean Courtin)

Riou se
présente comme un microcosme d'archéologie.
Elle est belle, mais pas très généreuse. Elle est une ile au soleil,
mais aussi une ile d'ombres.
Elle parait à portée de la main, mais est aussi insaisissable. Elle est
faite d'extrèmes sans être très grande. Elle a une plage magnifique et
des tombants vertigineux.
Si elle était rattachée aux Calanques comme il y a 30,000 ans elle
serait juste un massif, mais voilà, elle est maintenant une ile qui se
drape volontiers dans le superlatif.
La séparation en époques historiques est une tentative d'organisation basée sur les tessons. Comme le mobilier (c'est à dire ce qui est mobile parce qu'on peut le transporter) est chiche , je préfère éviter les spécializations, et raconter comment ça s'est passé pour moi chronologiquement. La Grotte de Ste Barbe est un résumé de mon approche tout à fait personnelle et pas du tout académique.
Alain Mante me
dit qu'il essayait de savoir à quelle époque les diverses constructions
sur l'ile pouvaient avoir été faites. En y regardant de près je repérais
sur la carte de mon père une inscription collée contre une barre
rocheuse: Grotte Ste Barbe.
Lorsque nous sommes allés voir à quoi ça ressemblait, Alain n'a vu que
les fientes et les plumes et les os d'oiseau, et il s'est enfilé au fond
pour voir s'il y avait un nid de puffin. Moi, je pensais encore à un
ermite du temps de St Cassien, donc j'ai pris des photos de la
maçonnerie . Si nous y avons mené Jean Courtin, ce n'est pas parce que
je voulais qu'il identifie les murs, mais parce que j'espérais qu'il me
dise que cela aurait pu être un abri néolithique. Je pensais que dans
les années 70, ils avaient fouillé un peu partout pour avoir une idée
d'ensemble . Nous avons fini avec un "canon" ou plus exactement un mur
de batterie que j'ai retrouvé un an plus tard dans le livre sur les
Calanques du Dr Hiely. J'aurais pu faire des recherches auprès de
l'armée ou la Marine. Toulon ayant donné les archives à Vincennes, je
les avais contactés, on m'a aiguillée sur l'hotel Soubise à Paris où
l'on m'a dit d'aller à Vincennes, car ils ne savaient pas que Vincennes
était en réparation, ni qu'ils étaient censés avoir les archives. Aussi
lorsqu'un expert en néolithique vous présente la réponse à une question
sur un plateau , on dit merci monsieur Courtin, et on attaque la
question suivante.
Encore plus chiches sont les écrits concernant l'ile, et assez
décourageantes les conversations avec les survivants qui lorsqu'ils
n'ont pas oublié, ou ne savent pas, ou ne veulent pas dire, ou mélangent
tout!

Du temps où les Cromagnons visitaient Cosquer le niveau de l'eau se situait environ à 120 mètres plus bas qu'aujourd'hui. Avec le réchauffement et la fonte des glaces l'eau remonta et bientôt recouvrit l'entrée de la grotte ; mais les néolithiques pouvaient encore dans la journée promener entre Maïre, Cortiou, Jarre et Riou.
Nous connaissons tous maintenant l'histoire des 3 squelettes de la Grande Sablière qui parce qu'ils étaient grands et avaient de belles dents blanches furent pris pour des Anglais, et probablement tossés à la mer. Des squelettes des descendants des Cromagnons de Cosquer il y en avait donc à Riou, il y en avait aussi à Jarre à la Baume des morts soupoudrés d'ochre. Il y en a peut-être à Cortiou, à Maïre où l'on a trouvé des amas de coquillages, des meules, des outils, de la céramique.

Ils habitaient à la Sablière ces anciens occupants de l'ile, qui n'en était pas une lorsqu'ils s'installèrent. S'ils sont restés là près de 6000 ans, c'est qu'ils y trouvaient à manger et boire. Les meules de grès en font foi, les pots de stockage, la hache. Malheureusement à partir de 1860 avec les constructions de la rue de la République et de l'égout le sable fut ratissé et emporté, et avec lui 90% de l'habitat néolithique de la Grande Sablière.

Le pot du Cardial (fouilles Courtin) qui établissait le site de Riou comme le plus ancien de Provence jusqu'aux fouilles de la Gare St. Charles qui datent l'habitat de la même époque que Riou. (Palais Longchamps - Musée d'Histoire Naturelle)
La Sablière était alors un vallon empli de sable grossier, propice à la culture et à
l'établissement des campements. Lorsqu'ils apportèrent le grès pour leur
meules, Riou était encore une presqu'ile et c'est en marchant entre
Plane et Riou qu'ils trouvèrent ces roches! Sinon il aurait fallu qu'ils
aillent jusqu'à Bandol.

Les cailloux de grès ramassés entre les iles pour en faire des
meules étaient pour Jean Courtin la preuve que le niveau de la mer
était encore suffisamment bas pour atteindre l'ile à pied. (Palais
Longchamps - Musée d'Histoire Naturelle)
Ce qui m'étonne souvent c'est que sur 200 m² si on trouve 5 tessons, ils appartiennent à des pots différents. Evidemment en 5500 ans il y a eu du changement de style dans la vaisselle, mais cela implique qu'ils ont fait leur cuisine au même endroit pendant un sacré bout de temps. Dans ce qui suit ,tous les renseignements et les photos sont tirés avec son autorisation du livre de Jean Courtin "les premiers paysans du Midi", et sur des résultats de fouilles qu'il a bien voulu me communiquer.


Col de jatte avec trou de réparation ou de suspension

Coquille d'oeuf fossilisée, Bïous, arapèdes Départ de Anse de Jatte décorée de 3 cordons

Comme avec les amphores, si on trouve un tesson de col ou de anse on ne sait pas toujours à quoi ressemble le pot entier. On est souvent surpris dans le positif : les dimensions sont souvent importantes, les décorations astucieuses, témoignage d'un sens du fonctionel et et d'un sens artistique alliés à une grande liberté d'exécution.


C'est assez émouvant de voir un restant de foyer, de voir un morceau de pot perçé d'un trou , dont la cassure fut réparée en y passant un lacet probablement fait d'un boyau, après avoir collé les morceaux avec de la colle de peau de poisson. De trouver des bïous avec le tortillon cassé pour les extraire, et de se dire il y a au moins 5000 que ces cendres et ces morceaux sont là, témoins de la présence d'autres hommes et femmes.

2
éclats de silex receuillis par Jacques Collina-Girard
La coquille d'oeuf fossilisée en haut à gauche trouvée par Alain Mante..
A chacun son expertise!

Ce pot
est un témoin de l'expertise des potiers néolithiques. D'une hauteur de près de 60 cms il est renforçé, décoré et pratique pour le storage de récoltes durement gagnées . Musée de Chateauneuf-les-Martigues.En récupérant le bijou de hache en pierre verte polie trouvée par Alain Mante dans un trou de lapin, L-F Gantès remarqua plaisamment "Que feraient les archéologues s'il n'y avait pas les lapins?" Je n'ai pas eu la présence d'esprit de prendre une photo lors de cette première rencontre. J'emprunte donc deux photos à Jean Courtin pour montrer qu'il y a vraiment un échantillonage extraordinaire dans l'ile, car il mentionne que les pierres taillées sont en minorité au cardial.
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Démonstration d'abattage d'un arbre par une hache polie semblable au morceau de Riou qui est de couleur verte
Et puis, avec la mer qui remontait grâce à la rapide fonte des
glaces, l'ile devenait moins abordable.
Lorsqu'ils sont devenus hommes de l'age de bronze Riou était une
ile. Ils ont donc préféré Maïre où le père de Luc Vanrell a récolté
des objets de bronze pour Fernand Benoit, dans les années 50.
Qui étaient les hommes qui campaient sur Riou il y a
environ 25 siècles à cet endroit?

Etaient-ce des commerçants étrusques faisant étape
?
L-F Gantès qui a étudié les tessons du Musée archaélogique de
Borely nous les montrent installés ou commerçant avec les tribus
occupant les oppidums avant l'arrivée des phocéens.
Un de leurs bateaux sombra entre Plane et Jarre, un autre
au petit Conclu, une autre fois ils ont pû trouver un emplacement de
camping avec des traces d'occupation humaine sur la grande Sablière.
Cela suffirait sans doute à expliquer pourquoi ils se sont installés au
même endroit.
Que faisaient-il au puits des Chèvres? Prenaient-ils de l'eau ou du fer
qui affleure tout près?

Ou bien étaient-ils des pêcheurs massaliotes qui avaient recupéré des amphores, des mortiers amenés par des commercants étrusques., puis plus tard des coupes grecques.
Ils pratiquaient
la pêche au thon, mais aussi au corail.
De toutes façons, la découverte d'un morceau de kylix dans un trou de
lapin , des tessons d'amphores massaliètes anciennes, des tessons
étrusques indiquent que ces pêcheurs et commerçants du coin ont utilisé
le site pendant 600 ans à peu près, avant l'arrivée des romains en
conquérants.

Mur d'habitat qui a retenu le sable
Par ailleurs,il est remarquable de voir que c'est précisément sur un
espace grand comme une maison que plus tard on installa un four à chaux
, détruisant le site étrusco/massaliote, et, parodoxe , le protégeant de
l'éradication complète par les marchands de sable des années 1850.
Le Dr. Capitan écrit dans son rapport qu'il y a des tessons grecs . Il
mentionne de la poterie géométrique et attique.
A ce jour je n'ai jamais vu de poterie de l'age géométrique sur l'ile.
Mais comme il en parle il faut supposer qu'il y a une centaine
d'années les tessons en contenaient. ce qui placerait l'occupation du
site bien avant l'arrivée des Phocéens. Il faut espérer que ces tessons
ont fini au musée d'archéologie.
Espérant trouver en Grèce un style de vie et de travail plus proche de
nos grecs et de ce que j'avais trouvé à Foça, je pensais depuis quelques
années à aller en Grèce.
Ma connaissance des Grecs remontant au Lycée, mais surtout à un livre
de jeunesse: les contes des mondes Grecs et Barbares, donc plus que
sommaire, je suivis un cours sur l'Art et l'Architecture Grecs. Quand ça
ne serait que pour avoir une idée de la chronologie des Grecs. Depuis la
découverte d'Akrotiri, je m'étais aussi promis d'y aller. La Prof,
Irini Vallera/Rickerson, une grecque installée aux USA offrait un voyage
pour découvrir son pays . Je devais en fait aller au Machu Pichu avec
Cate rencontrée au Testaccio avec laquelle j'avais visité Paestum ,
Pompeï et Naples l'année précédente. Sur internet je tombais en arrêt
sur une offre de découvrir la Grèce avec l'Aegean Institute en suivant
des cours de plongée et d'archéologie sur l'ile de Paros. Le Pérou
pouvait m'attendre! Je joignis les 2 programmes , ce qui me laissait 1
semaine à Athènes entre les deux. En 6 semaines j'ai obtenu mon premier
certificat PADI et pu me faire une
idée de la Grèce qui m'a enchantée , et je recommande vivement les deux
expériences. En dehors du fait que j'ai choisi l'année où , à
Akrotiri le toit du site s'est effrondré tuant un touriste , ce qui a
entrainé la fermeture de la zone archéologique, tout a été mieux que
prévu. J'ai même pu faire un pélerinage à Corinthe où le parrain de mon
père était ingénieur lors du percement du canal qui détruisit un petit
autel de Poseïdon. Il en rapporta un échantillonage des petits vases à
offrande.
En ce qui concerne Massalia: Le trésor des Marseillais à Delphes
est plutôt conséquent, en marbre de Paros,(le marbre le plus beau du
monde nous a-t-on dit à 90 mètres sous terre dans
une ancienne carrière!), même s'il n'est pas près du
temple d'Apollon. Il est près d'Athéna Pronaïa et d'un splendide
tholos. Il fait réaliser que les Phocéens devaient appréçier
l'endroit qu'ils avaient colonisé et que c'est à Apollon qu'ils avaient
dû demander conseil, en plus d' Artemis d'Ephèse.

Interprétation
du lieu au Musée
de Delphes
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![]() |
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Détail des statues des frises du Trésor des Marseillais
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La source au laurier d'Apollon et le tholos voisin du trésor des Marseillais
En tous cas apparemment ils faisaient tous la même chose. Ils
partaient coloniser une autre ile ou un autre endroit pour des raisons
diverses, et avec le trésor construit à Delphes, ils se comportaient
comme les grecs restés dans la mer Egée. Massalia, ile grecque de
la Méditerranée occidentale! S'ils ont offert une statue à Athena qui ne
rentrait pas dans son temple, l'avaient-ils aussi invoquée, ou était-ce
pour la remercier de leur laisser un morceau du terrain dans un site
convoité pour y construire leur Trésor?
Delphes , pas plus que Delos , ne présente plus de coté mystique, en
dépit d'un énorme laurier rose qui célèbre encore le dieu, et de l'eau
qui a été détournée de la fontaine.
Les deux sites sont sacrés (à mon avis) parce qu'il y a de l'eau en grande quantité et qu'ils représentaient une source de revenus. Mais quelle étrange idée d'aller s'installer à flanc de montagne et de s'y cramponner en dépit des tremblements de terre, et des rochers qui sont venus écraser les temples à plusieurs reprises, au point que celui d'Athena fut finalement reconstruit un peu plus loin. Cela laisse rêveur.. sur la manière de penser et d'expliquer que les Dieux, que l'on s'efforce d'honorer en faisant des travaux titanesques, ne font rien pour les épargner. A Delphes Apollon aussi bien qu'Athena se désintéressaient totalement de leur sanctuaires! Quant à Zeus il n'est que de voir à Agrigente et à Olympia les temples qui lui étaient consacrés gisant à terre!!
Mais lorsqu'on est à l'omphalos ou nombril du monde, on se rend mieux
compte de la place que tenait Massalia dans le monde Grec, cotoyant les
Atheniens, Naxos, Siphnos , Grecs à part entière, alors qu'il n'y a pas
trace de Phocée, pourtant les Phocéens avaient aidé les Athéniens avant
Salamine.
Dommage que Pausanias n'ait pas eu l'idée de venir du coté des
Calanques, au moins on saurait à quoi s'en tenir sur la position des
temples d'Apollo et d'Artemis à Massalia.
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J'ai enfin reglé ce qui me génait avec Phocée depuis la 6ème au Lycée
Montgrand. D'abord c'était en Asie, et puis je ne faisais pas trop la
différence entre les pheniciens et les phocéens. Ils avaient crée
Massalia, et puis on n'en entendait plus parler.. et pour cause! Avec
les Perses qui arrivaient les poings tout faits , ils ont préféré plier
bagage et s'exiler autour du Lacydon. Au Lycée, on ne m'a jamais
expliqué que pendant 600 ans on avait parlé le Grec à Marseille, que
c'était ce coté insulaire qui avait perduré sur leur rocher.
Dans le Méridional on lisait le livre de Bouyala d'Arnaud. J'en avais
retenu que Marseille et Phocée se ressemblaient. En 1998 à l'occasion
d'un grand prix offshore à Istambul, je pris une voiture et descendis
par la côte jusqu'à Phocée ou plutôt Foça (Fotcha) Effectivement un port
rectangulaire, des collines, des iles, un peu endormi, Massalia ! L'eau
à 25 degrés. Sur un des promontoire je trouvais une plante séchée qui
ressemblait à une asphodèle.

Mais je ne réalisais pas encore à quel point ils étaient restés grecs dans leur colonie de Ionie, aussi aller s'installer à l'autre bout de la méditerranée n'allait pas changer ça, au contraire, tout était dans l'ordre , les Dieux étaient pour. Il ne restait qu'à partir sans se retourner.
D'où venaient-ils ces colons grecs avant
de s'établir en Asie? parce qu'il semble qu'ils n'aient pas cédé à
l'impulsion de mettre des temples partout, comme ceux qui se sont
établis à Agrigente ou à Paestum. J'avoue qu'à Delphes , l'idée m'a
traversée qu'ils avaient mis tout leur argent là où ça comptait,
à Delphes plutôt qu'à Marseille!
Je me souviens pendant ce voyage à Foça, avant le Cap Baba avoir visité
le temple d'Apollon Smitheion Il y avait par terre, dans un
coin pas très loin de l'inévitable fontaine , un chapiteau abandonné
en marbre sculpté d'une délicatesse étonnante. Phocée, elle, ne parait
pas avoir été mieux lotie pour les artistes que Massalia. Ils étaient des marchands et des
navigateurs, pas des sculpteurs.
La fontaine
près du temple d'Apollon Smitheion |
Le chapiteau![]() |

Le chapiteau de Massalia.
En réponse à cette question j'ai touvé dans un livre anglais que les Phocéens venaient de Phokis, une région près de Delphes d'où ils ont envoyé des colons en Ionie. Et leur ville du même nom fût rasée par les Perses. Il leur a fallu atteindre Massalia pour ne plus les avoir sur le dos!
Il y a 2100 ans les Pêcheurs de Thon qui nourrissaient les légions romaines puisaient de l'eau à Fontagne
Aussi incroyable que cela paraisse on trouve encore des vertèbres de
thon vieilles de 2000 ans dans les pêcheries des Massaliotes au milieu
des tessons d'amphores à saumure. Dans le site de l'Aiglon les
destructions des maisons de la Calanque ont servi à camoufler les
nombreux tessons sous d'innombrables morceaux de tuiles et de briques.
Il devient aussi de plus en plus difficile de distinguer ce qui a 2000
ans de ce qui est apporté par les gabians des poubelles
de la Crau.
Au moins l'un des tessons a été employé dans la construction
des cabanons de l'Aiglon. Une anse de cette grosseur apartient à une
amphore à huile fabriquée en Espagne, appellée Dressel 20.

J'ai dit comment j'entendis le nom de Dressel la première fois. Cet archéologue allemand étudiant des amphores à Rome dressa une liste de 45 types d'amphores et leur attribua des numéros . Par exemple,ce qui est connu sous le nom de Dressel 1A est une amphore italienne pour transporter le vin dans les années -200 -100 , la Variante Dr1B suit dans les années -100 à -25.
Cherchant toujours à faire des fouilles qui aient un
rapport avec mon projet, je tombais sur un site "ArchaeoSpain" offrant 2
semaines de fouilles au Testaccio. Sur "Amphores, comment les
identifier? j'avais lu à propos de Dressel qu'il avait travaillé sur une
colline faite d'amphores cassées, empilées. D'après la brochure c'était
au coeur de Rome(?), à deux pas de la Pyramide (?) et du
joli temple rond près du Tibre . Il était question de 25 millions
d'amphores. Foin des musées, je trouverai là les 45 amphores Dressel en
morceaux certes, mais on peut au moins étudier la pate, le dégraissant,
etc.
J'avais aussi été frappée dès le début par des contradictions. Les uns
disaient que les amphores servait une fois, d'autres qu'elles étaient
recyclées. Il était évident que des gens de petite condition mettant la
main sur une amphore même vide en auraient tiré partie, ne serait-ce que
pour storer de l'eau. Mais là, il était tout aussi évident que pendant
400 ans les Romains cassaient les amphores qui arrivaient dans leur
port. Je me devais d'aller voir cela.
C'est ainsi qu'en Octobre 2005 je rejoignis 7 américains et une dizaine
de doctorants de l'Université de Barcelone avec leur Professeur Remesal.
Nous étions bien au coeur de Rome, la Pyramide étirée en hauteur était
un tombeau de marbre, et la Colline d'Amphores était bien là avec une
ceinture de discos et de bars, à coté des abattoirs. Làs , pas question
de trouver les 45 Dressels. Nos Spaniards ne s'intéressaient qu'à
l'epigrafia des Dressel 20 , c'est à dire les inscriptions sur les
amphores à huile. Sur le haut de la colline, chaque année, ils
creusent des trous dans des épaisseurs de tessons. Car en haut de la
colline, on ne trouve pratiquement que des amphores à huile venant de
Bétique c'est à dire de l'Andalousie, quelques unes d'Afrique, et
encore moins de Grèce. Qui plus est, ces amphores, qui apportaient sous
forme d'huile les impots perçus par les Romains, rançissaient et ont été
recouvertes de chaux. Pour pouvoir lire l'épigraphie il faut les tremper
dans une solution acide, puis les brosser pour enlever la précipitation
crayeuse. L'un des doctorants, qui parlait très bien le français
m'expliqua qu'on trouve les Dressel 20 partout, en Allemagne, en Ecosse.
Déjà cette colline était incroyable, mais attention, ce n'est pas
du travail de Romain, c'est du travail d'Espagnol, car il fallait les
tourner dans des ateliers tout le long du Guadalquivir, il fallait
ramasser l'argile, l'eau, le combustible pour les cuire. Il fallait
aussi récolter les olives, les presser, remplir les amphores, les
transporter aux bateaux; J'ai calculé qu'il est parti l'équivalent d'un
bateau chargé de mille amphores tous les 3 jours pendant 400 ans, parti
de Bétique le plus souvent de Cadix , remontant la côte d'Espagne,
suivant les Baléares cinglant vers Bonifacio et puis Rome, rien que pour
batir cette colline du Testaccio. Et sur chaque amphore le poids de
l'amphore vide, le nom du commercant (je n'entrerai pas içi dans la
querelle à propos de ß ) le poids de l'huile, la vérification. Cette
fois-ci sur le Testaccio les Espagnols ne faisaient rien, c'était deux
Romains, juste retour des choses, qui creusaient un trou de 2X4 sur 6m
de profondeur. Professeur Remesal, sa barbiche à la Don Quixotte en
bataille, me dit:" Içi nous les Espagnols, nous sommes chez nous, nous
sommes en Bétique. Et les Français aimeraient bien y être, mais ils ne
peuvent pas !" Vive l'Europe!

Il n'y a qu'à se baisser pour les ramasser
Professeur Remesal était à la recherche du mur d'Hadrien, un "mur" d'amphores entre la partie vieille de la colline et la partie ajoutée contre le flanc plus tard. Les tessons s'empilaient dans des caisses, trempaient dans l'acide, puis étaient mis dans des bacs d'eau, entourés de 4 esclaves américains qui brossaient et se disputaient l'honneur de trouver une inscription et de pouvoir mettre leur tesson dans la caisse de l'epigraphia.

Beta est le nom du commerçant avec un trait en diagonale à la fin et les chiffres romains en noir, au dessous donnent le poids de l'huile.. joli coup de plume
Nous n'avons pas retrouvé le mur d'amphores du temps d'Hadrien (voir photo ci-dessous) au fond de notre trou. Nous n'avons trouvé que les signatures des douaniers de l'époque de Commode , donc 189 après JC, 60 ans trop tard. Pour moi j'ai aimé trouver le petit couvercle d'argile avec un pécou, qui fermait l'amphore.

J'ai aussi aimé trouver les "orientales" qui venaient de Grèce et les Tripolitaines ou les Bizacena tellement raffinées comparées aux Dressel 20 qui ont des parois de 1 à 2cms d'épaisseur. Nous ramassions des "forma" en plus de l'epigraphia. Les cageots s'empilaient, et les doctorants entamèrent la reconstitution du puzzle en essayant de trouver le col, l'epigraphia, les anses qui venaient d'une même amphore. Ils jouèrent des coudes. L'un d'eux recopiait sur un calque en plastique toute l'épigraphia, un autre remplissait une fiche avec tous les détails des morceaux reconstitués. Car, comme partout , ils n'ont pas le droit d'emporter les tessons chez eux, seulement leurs data. Je suis repartie avec une grippe (j'ai oublié de dire qu'un jour sur deux il pleuvait) et une indigestion de Dressel 20! C'est l'Amphore Incontournable: Pas un musée qui n'en a pas! Il y en a même eu sur Riou.. retournons-y .
Si l'exploitation de la saumure a
duré 100 ans d'une manière intensive, il y a relativement peu de casse
surtout si l'on pense que les amphores utilisées étaient des amphores de
transport avec des fonds pointus . Faute de trépieds on pourrait
imaginer qu'elles étaient plantées dans le sable de la plage. Dans les
galets entre la plage et les tamaris on trouve pas mal de morceaux
roulés par la mer.Mais elles étaient aussi storées sur les versants . Où
étaient les bacs à saumure, et d'où venait le sel? Là encore,
l'exploitation de la Sablière au 19ème siècle et les locations de
l'Armée (la Marine ne reprend l'ile qu'en 1939) a amené
l'oblitération du tiers du site par la construction des cabanons, de la
citerne, du vivier,des terrasses, des escaliers . Il est à craindre
aussi que contrairement aux usines de salaisons de la Tunisie et
ailleurs, nos pêcheries locales ont eu un caractère artisanal, pauvre,
faisant avec les moyens du bord. On peut se demander si la citerne de la
maison de l'Aiglon a été batie dans un bac à saumure. A moins
qu'ils n'aient utilisé des dolia. Celui de Fontagne fait 50 cms de
diamètre au col, mais la panse ne se renfle pas très vite et rappelle
les jarres d'Entremont à Gaetan Congès. Je n'ai pour l'instant pas
trouvé d'équivalent dans les musées. Nous n'avons pas vu de tessons au
Monasterio.
Après la pêche , nos pêcheurs massaliotes nettoyaient et
coupaient leur poissons. Faisaient-ils du garum? On peut imaginer que
oui, car les entrailles de thon devaient en produire une quantité
intéressante, mais je n'ai pas encore vu de tesson approprié
S'ils faisaient du thon ils étaient donc sur l'ile de mai à Novembre.
Palamides et maquereaux devaient aussi être au menu.
Faisaient-ils sécher le poisson sur les versants? et dans ce cas, où campaient-ils? Nous savons qu'ils prenaient de l'eau à boire à Fontagne et allaient jusqu'au Puits des chèvres. Il n'y a pas trace de leurs amphores à la Sablière. , mais si leur campement était au milieu , il n'en resterait rien de nos jours. Ils pouvaient aussi camper plus loin dans le vallon de l'Aiglon. Mais là c'est un four à chaux qui couvre la zone.
L'endroit a été tellement remanié par la construction et destruction des maisons que l'on ne saurait dire s'ils campaient là. C'est plus à l'ouest que l'on trouve de la vaisselle fine, des anses de coupes, de la campanienne, mais l'endroit est très exposé. On peut imaginer qu'ils devaient rester pas trop loin pour empêcher les gabians de partir avec le poisson.
En rentrant de Grèce je suis allée voir à quoi ressemblaient les 2 sites contemporains de l'Aiglon et sa saumure. A l'ile Verte, ce n'était pas comme aurait dit Colette "Une ile entourée d'eau, une ile quoi!" mais une ile entourée de bateaux. Les amphores du musée qui sont de beaux exemplaires de massaliètes à toupie et de romaines viennent de deux épaves . Les fonds sont en argile rouge et ont une forme beaucoup plus élégante que les Dressel 7/11 massaliètes que l'on trouve à Riou. Je pense que Riou pratiquait une pêche semblable à celle de l'Ile Verte , puis cela devint une industrie pendant une centaine d'année, vu la quantité de tessons. et l'étendue du site. Une visite aux Embiez s'est revelée très décevante.. l'eau à 24 degrés sans doute responsable d'une algue flottante et assez rebutante. Rien dans les endroits abordables et non developpés qui ressemble à Riou.

A Fontagne les tessons de la chambre sud et autour de la Fons sont en majorité des amphores à saumures. J'avais receuilli ce col d' amphore massaliète dans la Calanque ce qui me permet de dire qu'à partir de -500 les grecs de Massalia arpentaient l'ile et débarquaient à Fontagne. Il y a d'ailleurs une épave massaliète sur les tombants de la Bouléjeade, si j'ai bien compris la publication d'A. Hesnard.
Au Musée de St Raphael, les amphores sont entières, alors que je n'en ai que des morceaux!
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Amphore Massaliote |
Amphore d'Apulie |
Dressel 2/4 à vin |
Dressel 7/11 à saumures |
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Amphore greco-italique
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Dressel 20 de Betique |
Presentation d'amphores à saumures et à
huile devant un bateau qui aurait pu les transporter. |
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Du temps des Romains, et des compte-rendus de Strabon c'est Maïre qui a la primeur si c'est bien elle la Positio Immadras. J'ai lu qu'il y a eu un farot sur cette ile. Sans doute à l'emplacement de la tourette qui date de la WWII. LF Gantes a receuilli au pied de la falaise des briques en argile micacée, semblables à celles des fouilles de la rue Leca. Il y a aussi de la céramique à vernis noir, des amphores Dr 1A. Donc un poste de guet en "dur" sur l'Ile Maïre au temps des grecs. Mais au Moyen Age elle cède la place à celles de Marseilleveyre et Riou


La première mention du Farossium in loco de Masselhaveyra remonte à 1302. Il s'agit bien entendu de la vigie qui fait face à Riou, et qui se trouve au sommet du Massif à une altitude de
432 mètres. Elle fonctionna jusqu'en 1814. Il y avait 2 guetteurs qui communiquaient avec la Turris de Gardia, et le farot de Rieu. Il est à noter que la Vigie de Marseilleveyre est très souvent dans les nuages. Mais s'il fait mauvais temps il y a moins de risques d'attaquePons de Servieres, Pierre Alfant payés 4 florins 2 gros pour le mois de Mars 1408
Loys Negreu, son fils et Peyre Vailha remplacent les 2 gardes tués en Mai 1527 sont payés 5 florins par mois.

Vue de Riou à partir du sommet de Marseilleveyre à plus de 3 kms

Vue limitée de Jarre par temps gris

Glorieuse vue sur la colline de la Garde qui cache la ville antique de
Marseille; y compris le port, donc ce n'est pas l'endroit d'où l'on voit Marseille , mais
plutôt le Massalia Veterem l'oppidum des "Ligures "d'avant les
Grecs
Lorsqu'elle fut fermée temporairement en 1696 la ville paya
le 31 juillet 140 livres d'arriérés à François, fils de Pierre
Puget, pour l'achat de bois de sa propriété pour faire fonctionner le
farot pendant 2 ans.
Elle fut fermée définitivement en 1814, d'après Chaumelin par les
Anglais.. qui firent subir le même sort à celle du Cap
Gros la même année, et ce après qu'ils aient attaqué avec succès
en 1813 Morgiou, Cacaù, le chateau de Cassis et l'Ile verte (Il y avait
aussi une Vigie au Bec de l'Aigle )En 1864, sous Napoleon
III, ces vigies furent remplacées par les sémaphores de Canaille et de
Calelongue.
La Vigie de Marseilleveyre fut transformée en refuge du Club Alpin Français au début du
20ème siècle, avec l'ajout d'un second étage. En 1896, le 2 Mars une
croix de mission fut érigée par les populations de Bonneveine et de
Montredon (8 mètres de haut 1.50de large). Une tempête l'emporta
en 1900. Le site est probablement celui du farot, car de la Vigie on ne
voit pas la Turris de Guardia.
Comme ce n'est pas une tour ronde chère à Robert le Sage, comte de
Provence , elle doit peut-être sa forme carrée à des modifications au
15, 16 et 17 siècles. La citerne est toujours là , construite en briques,
mais inutilisable comme la majorité
des points d'eau dans les calanques.
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Site du Farot ? |
Derrière la ruine l'Ile de Riou et Plane |
Le même sort fut reservé à une autre vigie en ruine qui
devint le Refuge Frison Roche au Cap Gros
derrière la Grande Candelle.

En contrebas sur le centre gauche, les ruines
de la Vigie/refuge . La flèche rouge indique celle du Cap Gros en ruines
sur les cartes de 1904 , aménagée en refuge en 1933, visible ci-dessous
![]() |
![]() |
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Cap Gros - 1930 - Cliché Dr. Albert |
Cap Gros - 1962 - Cliché Dr. Albert |
Celle de Riou fonctionnait en 1295 et fut fermée en 1695. Il faut rendre grâces à Bouillon Landais qui était archiviste de la ville et qui laissa en 1859 une compilation de ce qu'il avait trouvé se rapportant aux gardes et aux Vigies
Bouillon-Landais dit
qu'il y a une cheminée et une citerne à l'interieur, et l'on peut se
demander comment la citerne se remplissait, et comment on y avait accès.
. Et s'il y a cabane pourquoi les gardes devaient-ils se réfugier dans
la tour en y montant par une échelle ? Pourquoi monter une tour de 6
mètres au dessus du sol. Les pavés qui la formaient encore , ou qui
formaient seulement les fenêtres en arc de cintre sont disséminés aux
alentours. Il y en a quelques uns au sol. Quant à la cheminée je ne vois
pas où elle aurait pu être, peut-être à la meurtrière ?
Le dessin fait par Firmin ne montre pas la meurtrière qui existe
toujours, mais que l'on ne voit pas selon l'endroit où l'on se place
pour prendre une photo

Se basant sur le dessin de la couverture du Bulletin , et sachant que le
diamètre intérieur de la ruine est de 4 mètres, mon père déduisit qu'en 1858 la
tour mesurait encore 6 mètres de haut. Déjà il y avait une échancrure en
V, qui à mon avis était une porte. Il y a là deux très belles pierres
roses taillées qui semblent venir du Cap Couronne. Il me semble
inconcevable de batir une tour à 192m au dessus du niveau de la mer et de
devoir y entrer en montant sur une échelle. Sans parler de jouer les
acrobates par jours de mistral. L'échelle servait
certainement pour allumer le farot sur le toit de la tour.
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![]() La "porte" aux pierres roses extérieur |
La "porte" avec 2 pierres roses (de la
Couronne?) |
Les avis diffèrent: BL la trouve en maçonnerie ordinaire et
construite avec beaucoup de soin.
Philippe Rigaud (Des Iles Côte à Côte) trouve la qualité de
construction des murs à la chaux médiocre, les lits de pose
irréguliers.
BL voit la citerne au nord, creusée dans le roc voûtée en
pierres, revêtue de béton à la pouzzolane.
PR la voit à l'ouest, voûtée encombrée de pierres.
Je la voie plutôt à l'ouest- , ce qui me fait conclure que BL
n'avait pas de boussole avec lui car il place à l'Est une cabane qui
est au Nord de la Tour Il est donc à 90° du réel. Comme elle est
aujourd'hui farçie de pierres et de briques il est difficile d'y voir du béton à
la pouzzolane, ou même d'y voir une citerne et encore moins creusée
dans le roc. Le roc manque c'est vrai, mais il semble que la voûte
le remplace pour assurer une base solide à ce morceau du mur de 1m
d'épaisseur de la Tour qui était autrement bati sur du vide. Lorsque
je vois la construction du cabanon des Goudes dont le mortier semble
être de la terre après une centaine d'année j'aurais plutôt tendance
à trouver ces murs qui depuis 700 ans sont à tous les vents , bien
batis!
Quant à Chaumelin , lui, il y voit un four! Mais comme il se croit à
la "Tour du Sarrazin qui daterait d'avant Jésus Christ " ..
Les avis diffèrent aussi à propos du nombre de maisons. Lorsque
les archives parlent de maisons, il était question de toutes les
vigies. BL voit une cabane en ruine, PR en voit 3 . Un replat adossé
à une barre rocheuse ne constitue pas nécessairement une cabane,
même s'il y a quelques pierres posées les unes sur les autres à
l'autre bord du replat.
Par qui? et quand? Même s'il y a
effectivement 2 emplacements supplémentaires je les vois plutôt en
"salles à manger" extérieures, la cabane étant petite . Peut-être
l'emplacement du poteau à fanions. La construction de la cabane est
décidée en 1442 par le conseil de la ville et commandée à un maçon, la
charpente est, ou installée (sans commentaires) ou refaite en 1451..
18 falquetas, 4 traversas, C agus!
En 1480 elle est réparée à nouveau pour une dépense de 1 florin
7gros pour 12 planches de bon bois et 100 clous. A quel moment y
a-t-il eu les tuiles que l'on trouve disséminées ainsi que les pavés
de terre cuite, dans les éboulis tout autour?
Dans les autres dépenses il y a le bateau, un des 3 gardes ayant la
permission d'aller au ravitaillement une fois par semaine. Il y a
donc achat de bateau. On se demande comment un seul homme
naviguait de Riou à Marseille avec une voile et des rames, mais
c'est aussi le moyen de transport de Marius Chaumelin en 1850, il va
de Sormiou à Plane en quelques heures.
Un bateau est payé 15 florins à Barthomeu Florentin en 1522, 6 ans
plus tard le bateau est "rompu" et on en achète un autre à Johannon
Besson pour huit escus sol..
Il y a une échelle achetée à Renaud Boyer en 1484 pour "monter en haut". Si le farot était sur le toit-terrasse de la tour, ce serait plutôt pour monter sur l'emplacement du farot que dans la tour qui parait avoir eu une porte .
Enfin dans les autres dépenses importantes il y a un mât (appellé
arbre), une voile, des poulies et des cordages; il est renouvelé en
1384 par Antoine Raimond dit le Levrier pour 10 gros y compris le
transport à Riou.
En 1475 Antoine Court en livre un.
5 ans plus tard, en septembre 1480 Casthilhe livre un matereau brut pour 1 florin 1
gros, qui est façonné par Jacques Martin pour 9 gros, et monté par 4
hommes à la Vigie pour 8 gros.
Il serait intéressant de chercher l'emplacement du poteau..
"Les gardes faisaient du feu tous les jours" .


Sans parler du chapeau de nuages qui la coiffe volontiers par temps
orageux - içi en août
Quel était l'intérêt de faire du feu tous les jours s'il ne se passait
rien? C'était sans doute pour les obliger à être à leur poste
(ils risquaient de perdre un mois de salaire) ! Ils auraient pu tout
aussi bien hisser un drapeau à heure fixe!
en 400 ans il ne devait pas rester un buisson sur l'Ile.
Et lorsque les Sarrazins arrivaient que faisaient les gardes ?
S'entendaient-ils pour recevoir des signaux de Marseilleveyre au cas où
des fustes se trouvaient dans Fontagne au petit matin? Apparemment non,
car ils se sont fait surprendre et enlever.

Invasion des fustes sarrazines dans Fontagne

De la Vigie on ne voit pas la Calanque de Fontagne - Par contre on la voit de Marseilleveyre..les gardes ne se prévenaient pas entre eux?!?

La Tour n'existe plus au dessus de la "citerne". C'est d'ailleurs dommage
qu'il n'y ait pas de restauration envisagée car c'est une belle
construction.
La citerne qui fait partie intégrante de la tour comme on le voit sur la
photo ci dessous , est en elle-même extraordinaire.
L'adresse avec laquelle le mur est monté .. cela fait 700 ans qu'il est
là . Le fortin de Morgiou emploit la même technique faisant partir le
mur d'en bas et comblant le rocher . A Riou cela se double d'une
prouesse d'architecture pour soutenir la tour ronde au dessus du vide par
une voute; Alors double usage en y installant une citerne? Le colmatage
ne dut pas être des plus façile.
Quelle eau
receuillait-elle? La tour était-elle couverte d'un toit, qui servait
pour le feu et la fumée , et ce toit alimentait-il la citerne? (de
cendres et d'eau?) Ou le mistral emportait les cendres.

La citerne intégrée dans le mur de base de la tour?
Il est difficile de suivre Bouillon Landais dans cette histoire de citerne. La voûte que l'on voit sur cette photo se prolonge sur au moins 70 centimètres vers l'intérieur de la tour et semble être plus une facon de consolider l'assise de la tour avec des pierres en clé de voute au dessus d'un "manque "de la roche à cet endroit, que pour être utilisée en citerne. Il y a de fortes chances pour que la citerne du Pic Occidental ait été dès l'origine la citerne de la Vigie. Emploi de briques et de tuiles semblables dans les deux constructions, et tessons éparpillés dans l'éboulis du Pic datant du XIV et XV d'après Mme Lucy Vallauri , capacité au moins 3 fois plus grande.

On peut penser qu'à l'origine, au 13ème siècle les gardes habitent dans
la tour et font leur farot sur le toit, utilisant l'échelle pour y
monter par l'extérieur. Il y a à peu près 8 m entre le collet et le haut
de la tour. puis en 1442 ils habitent une "maison" au nord (plus
abritée) En 1631 il est encore question d'une tour surmontée de fumée et
de flammes. Mais est-ce une description d'une carte avec un dessin
représentant un farot, ou est-ce une description de la tour elle même?je
n'ai pas encore eu l'occasion de rechercher ça. Mais la mention de
l'achat de bois à François Puget en 1694 et le mémoire pour les gardes
de Notre Dame laisse à penser que le système des farots a perduré
jusqu'à la fin de leur utilisation en 1814. Feu ou fumée pour
attirer l'attention, puis signaux pour l'information.
Quant à l'attaque de nuit proposée pour expliquer que les gardes se sont
laissés surprendre, même avec l'aide de renégats, ça ne tient pas debout
non plus. Le chemin n'est pas toujours évident, et comment monter
sans bruit, sans lumière? Bien qu'avec un bon mistral et un clair de
lune ce soit faisable. Ils pouvaient très bien être descendu à la pêche
après avoir fait leur signaux!
Donc ils ont probablement été enlevés ainsi que le marin du lahut venu
aux informations.
Les gens de la Ciotat écrivent pour dire qu'ils ont vu des fustes. Il est étonnant qu'il n'y ait aucun rapport à Marseille de messages envoyés par les Vigies et de mobilisation d'un groupe de bateaux. Sur l'eau il y a des Catalans, il y a des Sarrazins, il y a une flotte Napolitaine, il y a de tout, sauf des gardes côtiers Marseillais. Les marseillais ne semblent pas non plus portés à consigner les faits du jour. Même s'il s'agit du meurtre ou de l'enlèvement de 5 guetteurs plus le marin.
Par contre lorsqu'il s'agit d'attrapper les faucons au nid, il y a une
comptabilité féroce.
Tel père, tel fils..pas dans le cas de nos rois, seulement dans le
domaine de la fauconnerie. Le père vient jouer les Poseïdons au
trident d'argent, pendant que sa femme va prier la pêcheresse de la Ste
Baume dans l'espoir de devenir mère. On peut penser que Louis XIII était
réticent et préferait aller à la pêche au thon, ou que sa femme avait
besoin de leçons. En tous cas quelqu'un fut de
bon conseil puisque il y a eu le Roi Soleil qui lui, envoya Vauban
fortifier sa bonne ville de Marseille en pointant les canons dans sa
direction. Sans trop se soucier des Sarrazins et autres pirates .En
1661 trois galères Algériennes ravagent quelques bateaux à Calle-longue
sous le nez des gardes de Riou (à moins qu'il n'y en ait pas eu faute
d'argent, de toutes façons on ne voit pas bien Callelongue de Riou à
cause de Jarre) , sans parler des 60 esclaves pris sous le nez de la
garnison du chateau d'If, laquelle s'est bien gardée de se manifester
(Mais ce n'était que des pêcheurs étrangers qui venaient de
Catalogne et de Malte, comme plus tard ils viendront de Gènes!) Doit-on
en tirer une conclusion que la batterie des Croisettes qui est
mentionnée sur la cartes de 1695 comme ayant 2 canons, n'était pas encore construite?
Les tessons confirment les dates que l'on connait. Il y a du culinaire commun gris et marron, Il y a du pisan du XIVème il y a du catalan du XVème, du pisan du XVIème , des céramiques de l'Huveaune du XVIIème, il y a du Fréjus en quantité suffisante pour dire que les guetteurs de la Vigie honoraient leur contrat et vivaient sur le versant Nord près de la Tour. Les guetteurs de Riou ont eu de la vaisselle qui venait de Pise ou de Valence , ce qui me parait assez extraordinaire, mais qui est bien pratique pour les archéologues amateurs pour les datations, tout comme d'ailleurs, l'introduction de mica dans les poteries massaliètes.
Bouillon-Landais parle des ruines d'une cabane à l'Est de la Vigie. La
cabane est au Nord. Les archives parlent de construction de maisons sur
l'emplacement des farots en 1442, mais cela doit concerner les 2 vigies.
La Vigie était en existence depuis 140 ans, les guetteurs devaient alors
habiter dans la tour.
Il est à noter qu'il n'y a pas encore de
documentation sur la construction de la tour, si ce n'est qu'à l'époque
de Robert le Sage, les constructions de farots ,tours et moulins étaient
du même gabarit,circulaires, 4 mètres de diamètre intérieur, épaisseur
des murs 1 mètre .
Il ne semble pas qu'il y ait eu construction près de la plage. B-L ne mentionne rien à l'Aiglon même à l'époque des ouvriers
de la sablière. Il y a aussi ,en surface, un manque flagrant de tessons de cette
époque à l'Aiglon, alors qu'il y a surtout de ça à la Vigie et à la
Citerne du Pic. Mais encore un fois le site est tellement remanié qu'il
faudrait faire une véritable fouille pour établir s'il y a eu occupation
à toutes les époques.

Cabane des guetteurs plutôt exigüe si l'on considère qu'ils étaient 3 et même 4

Apic sud du mur de la Tour
LES GARDES DE LA VIGIE DE RIOU
Dominique Stornel, Monnet Gilhan, Louis André payés 5 florins d'or chacun pour le mois de Mars 1408
Hélion Castel, Petit-Jean Baissanet,
Antoine Beaume sont coinçés sur Riou lors du siège
de Marseille par le Connétable de Bourbon passé au service de Charles
quint, pendant 40 jours à partir du
19 Août 1524. Pas la peine de faire des signaux, Il n' y a plus de
gardes ni à Marseilleveyre, ni à la Garde. On peut supposer qu'ils
avaient averti de l'arrivée de la flotte espagnole, car on les paye 4
florins et demi pendant ces 2 mois.
Il y a de fortes chances pour que ces 3 hommes aient été les victimes de
l'attaque des Turcs 3 ans plus tard
Johan Painblanc, Baptistin Armelli, Honorat... en 1577 recoivent 24 florins pour la capture de Faulcons.
Nicolas et Louis Tarrus, père et fils sont les derniers guetteurs pendant les mois de juillet août septembre 1695 et ils sont payés 45 livres pour deux.
Les florins ont fait place aux écus avant 1584 si on en croit le prix des fermages et non après 1587 (Bouillon-Landais), les écus font place aux livres en 1602. Toutefois comme avec les francs, nouveaux francs et euros, il semble que les bonnes gens aient gardé leurs habitudes: en 1688 2 faucons sont vendus pour 4 écus et un nommé Trigance en vend 1 pour 4 livres 10 sous. La livraison d'oiseaux à Paris par Claude Thomé, sergent de quartier pris 3 mois de voyage et couta 247 livres 12 sous pour 9 faucons. Si c'était là la valeur d'une émeraude , elle ne devait pas être bien grosse.

Faucon pèlerin à Jarre - Photo Jean-Patrick du CEEP
LES HERBAGES DE L'ILE
Sont affermés aux enchères par la ville jusqu'à la révolution
En 1584 à Aymar de Champorcin pour 25 écus 30 sous par an
En 1612 à Jean Baptiste de Villages pour 36 livres
En 1614 à François de Caradet pour 62 livres

Peint par Joseph Vernet en 1754 pour Louis XV -
A droite sur la colline le fort de Notre Dame de la Garde
S'il y avait sur
Maïre
une vigie massaliote, il devait y en avoir une sur la colline de la
Guardia qui cache Massalia aux guetteurs.
D'après Bouillon Landais (toujours lui!) au moyen
age , il y avait aussi un guetteur dans la ville de Marseille: c'est
bien beau de faire des signaux, mais il faut encore que quelqu'un les
reçoive.
Antoine Capel, Antoine Blancard payés 4 florins pour le mois de Mars 1408. Les seuls mentionnés par BL.
J'ai connu le dernier guetteur de la Vigie de
Notre-Dame. Mon grand-père
Charles Robert avait une
petite affaire appelée la Vigie du
Commerce dont les bureaux étaient au 2 rue de la République, et à
la Vigie de Notre Dame de la Garde que l'on voit derrière lui et
derrière le pont-levis sur cette photo. Il y avait une imposante
longue-vue qui permettait de repèrer et d'identifier les bateaux qui
arrivaient à Marseille. Il téléphonait alors aux compagnies comme les
Messageries Maritimes ou la Cie Paquet, et leur annonçait l'arrivée
imminente de leur paquebot, ce qui leur donnait le temps de se préparer
au débarquement des marchandises. D'après sa fille , la clientèle
comprenait aussi les hotels et les boites de nuit, ainsi que des
colporteurs qui venaient acheter sur le tas.
Louis Brauquier dans
sa pièce Pythéas mentionne la Vigie du Commerce.. merçi Marius ! "Il y a
de la brume sur l'ile Maïre et on ne reconnait rien" est-il annonçé à
Picopèbre qui n'était pas un client de la Vigie puisqu'il paye l'homme
"sous la table" avec un pot d'olives pour être averti qu'il y a un
bateau en vue.
La radio, et le poste de pilotage du Frioul
ébranlèrent la petite compagnie. A sa mort en 1962 , le
bail ne fût pas renouvellé, et la Vigie de Notre Dame cessa de
fonctionner contrairement
à ce que croyait Bouillon-Landais.

On comprend le besoin d'allumer un farot lorsqu'on voit la photo suivante , que ce soit sur Marseilleveyre ou sur Maïre

(Cliché
Luc Vanrell) Vue de la couronne de la Bonne Mère
Quelques Tessons de la Vigie et de la Citerne du Pic Occidental

Les gardes de Riou utilisaient ce genre de vaisselle à la Vigie! Celui-ci est en meilleur état que les tessons de l'ile ayant été récupéré par les plongeurs de la Drassm. Je dois cette photo à l'amabilité de Florence Richez .
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Les cruches vertes de la Citerne du Pic - à y ajouter les 2 morceaux qui se complètent
Les cruches à l'émail émeraude, datent du 18ème siècle, donc de l'époque où le St Antoine était sabordé après avoir été brulé le 20 septembre 1720 près de l'ile Jarre où il était en quarantaine. Rien ne prouve que des gens se sont réfugiés sur l'ile. Où auraient-ils vécu pendant 3 mois? et de quoi? Qui d'autre aurait cassé une cruche verte au 18ème? des contrebandiers? ou les chevriers? si l'on en croit l'expérience de mes copains Pierre Gay , Pierrot Vottero et Jackie Agrifoglio qui ont mis des chèvres sur Maïre dans les années 70, on peut les laisser seules, mais on y va de temps à autre leur donner du pain , et lorsqu'on a besoin d'un gigot d'agneau pour la Noël. Il y a très peu de traces des gens qui furent les chevriers, les ouvriers des fours à chaux, en dehors d'un culot de pipe et de quelques morceaux de Vallauris.
Bouillon Landais rapporte que des gens vinrent se
réfugier sur l'ile en 1720, et une jeune fille y serait née qui habitait
plus tard le quartier de St Jean . L'épisode n'est pas très prenant, car
ils n'ont pas dû rester longtemps.
En essayant de dater les fours à chaux j'avais ramassé du Vallauris
orangé clair. Sur le chemin du retour je notais une dizaine de tuiles au
pied des barres entre le vallon de l'Aigon et le vallon de la Vigie. Me
souvenant que le grand-père de Pierrot Vottero lui avait dit voir un
moine capucin assis tout les jours sur les rochers au-dessous de cet
endroit, je suis retournée voir sans grand espoir car un moine aux
alentours de 1900 ne devait pas avoir beaucoup de vaisselle. Dans une
encoignure de rocher avec un talus de terre beaucoup d'os, probablement
apportés par les gabians. Quelques morceaux de Vallauris, et puis
surprise un tesson de poterie de l'Huveaune, marron décoré de "miel", un
autre a sgraffito, du tourbilloné!
Pour l'instant je pense, tant l'endroit est étrange pour un tel
rassemblement de tessons, que si une trentaine de gens étaient sur l'ile
en plein été, ils ont dû se mettre à l'ombre des barres rocheuses, sur
cette petite esplanade, avec vue sur les calanques . Et peut-être
étaient-ils les chaufourniers des fours de Caramassane car en nous y
rendant nous avons trouvé du tourbilloné dans le vallon. Pour enterrer
les pestiférés il y a eu une énorme besoin de chaux vive.. peut-être les
chaufourniers en ont-ils profité pour mettre leurs familles à l'abri. Le
même tourbilloné se retrouve à la citerne du Pic, mais pas à la Vigie.
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Dans le vallon de l'Aiglon en surface le peu de
tessons que l'on trouve semble se rapporter à une occupation plus
tardive de la petite batterie avec plusieurs morceaux d'une grosse jarre
de Fréjus ou Biot,
du St Quentin
et du Montelupo spirali verdi, comme il y en a dans l'épave du Congloué
IV exposé au Musée des Vestiges .
Là encore, il est à regretter que les débris de la maison aient été
accumulés sur une zone qui est l'endroit le plus attrayant de l'ile,
maintenant réduit à être une "pissotière" , excusez l'expression, pour
la gent féminine qui débarque pour profiter de l'abri des tamaris!
Dans les Promenades artistiques de Marius Chaumelin
qui parurent dans le Petit Méridional vers 1850 on trouve quelques
précieuses informations . Lorsqu'il aborde l'ile, il y a une maisonnette
à l'Aiglon ("qui n'existait pas 3 ans auparavant, construite par
l'entrepreneur des sablières") où l'occupant essaye de faire pousser
quelques légumes qui sont ravagés par les chèvres sauvages qui faisaient
l'objet de parties de chasse auparavant. Il emploie les grands moyens
pour s'en débarrasser, invitant braconniers et chiens à coincer
les chèvres dont 8 se précipitèrent à la mer et furent récupérées
vivantes dans l'eau!
Il ne resta plus alors qu'un multitude de lapins , et le guide de
Chaumelin plongeant le bras dans un terrier en sort un par les oreilles.
Il mentionne aussi des "légions innombrables de lézards gris" sous
chaque feuille!
4 à 5 ouvriers sont incessamment occupés à faire des chargements de sable pour Marseille. L'un d'eux monté pour orner d'une couronne à l'occasion du 15 Aout, une croix dans la zone de la Vigie , le récupère un peu en perdition, et lui montre la Tour du Sarrasin , "plus ancien que Jésus-Christ"

La Petite Sablière sans sable

